
Hier, je suis tombée sur une vidéo de Louie Media : « Faut-il tout confier ? ». Cette vidéo est venue mettre des mots sur une question que je traîne depuis longtemps sans vraiment l’affronter.
On nous répète partout qu’il faut parler, extérioriser et ne pas garder tout pour soi. Et moi, j’ai toujours fait partie de ceux qui parlent. À mes proches, à des inconnus sur internet, dans mes carnets, sur mon blog … presque rien n’est tabou avec moi. Sans même m’avoir rencontrée, on peut déjà connaître beaucoup de choses sur moi.
Parce que poser des mots, pour moi, c’est déjà reprendre un peu de contrôle. C’est mettre du sens sur le chaos, transformer quelque chose de flou en quelque chose de visible. D’une certaine manière, ma thérapie, c’est l’expression.
Parler, écrire, dire… c’est ma manière de survivre. Mais tout le monde ne fonctionne pas comme ça.
Ma mère, en est le parfait exemple. Elle faisait tout l’inverse.
Elle gardait tout pour elle. Elle encaissait, en silence. Et Dieu sait à quel point elle a encaissé. En quinze ans, je l’ai vue pleurer une seule fois. Elle souriait, riait fort, ne laissait jamais paraître sa souffrance.
J’ai parfois essayé de lui tirer les vers du nez, mais plus mes questions étaient sensibles moins j’obtenais de réponses.
Et puis un jour, son corps a lâché. Rupture d’anévrisme. Sa vie s’est arrêtée brutalement, sans prévenir, comme si tout ce qui n’avait jamais été dit avait fini par exploser ailleurs.
Quand le médecin m’a annoncé qu’elle ne se réveillerait pas, je me suis enfermée dans un mutisme total. Heureusement, sa meilleure amie (qui est aujourd’hui devenue ma deuxième maman) m’a secouée et m’a poussée à m’exprimer, à ne pas me renfermer sur moi-même. Ce moment a été un tournant : j’ai compris que garder les choses pour soi pouvait être dangereux.
Mais en grandissant, j’ai découvert une autre réalité, presque aussi violente : tout le monde n’est pas capable de recevoir ce que tu déposes.
On vit dans une société qui valorise l’individualité, mais qui ne nous apprend jamais à accueillir l’autre. Ni ses émotions, ni même les nôtres. Beaucoup avancent en pilote automatique, sans vraiment chercher à comprendre ce qu’ils ressentent.
Alors, se confier devient un risque. Le risque d’être mal comprise, minimisée, jugée, ou pire : ignorée.
Et ça, je l’ai appris à mes dépens.
Quand j’ai annoncé le décès de ma mère à mon entourage et à l’école, certaines réactions ont été profondément maladroites, parfois même violentes. Je me souviens notamment d’un surveillant qui m’a dit : « Toi, t’as perdu ta mère, et moi j’ai eu un enfant. » Comme si ces deux réalités pouvaient se comparer, comme si ma douleur ne valait rien.
Pire encore, en 2022, j’ai fréquenté quelqu’un qui a remarqué que je ne parlais jamais de mes parents. À force d’avoir été blessée par les réactions des autres, j’avais fini par garder cette information pour moi. Quand il m’a demandé pourquoi je ne parlais jamais d’eux, je lui ai répondu cash « Parce qu’ils sont morts ». À ça, il m’a répondu « Mais t’es sérieuse ? Tu me dis ça que maintenant ? Et c’est comme ça que tu me le dis ? » … je me faisais littéralement engueuler pour avoir dit la vérité.
Se confier, ce n’est pas seulement parler, c’est choisir à qui on donne accès à des parts fragiles de soi. Et pendant trop longtemps, je n’ai pas fait ce tri. Parce que la thérapie m’avait habituée à une qualité d’écoute particulière, à un espace où tout peut exister sans être rejeté. J’en étais venue à penser que cette capacité d’écoute était normale, presque évidente.
Sauf que dans la vraie vie, peu de gens savent écouter comme un psy. Et attendre ça de ses proches, c’est souvent créer un fossé invisible entre eux et toi.
Alors j’ai appris, doucement mais sûrement, à ne pas tout dire à tout le monde.
À observer, tester et ressentir. À comprendre que certaines personnes peuvent t’aimer profondément sans pour autant savoir te recevoir.
C’est un constat avec lequel j’ai encore du mal, mais je sais aujourd’hui que ce n’est pas forcément de leur faute.
Aujourd’hui, je continue de parler, d’écrire, de m’exprimer. Mais je choisis mieux mes espaces.
Parce que se confier aux mauvaises personnes peut accentuer la solitude au lieu de l’apaiser, et parfois même raviver des blessures.
Alors faut-il vraiment tout confier ?
Oui, peut-être. Mais certainement pas à n’importe qui.

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